par Renaudot
La lune de miel entre Nicolas Sarkozy et les ouvriers d’ArcelorMittal est terminée depuis belle lurette.
Chacun se souvient du déplacement en février 2008 du président de la République à Gandrange. C’était le lendemain de son mariage avec Carla. Certainement encore tout émoustillé par sa nuit de noces, il déclarait avec une forme d’indécence à laquelle nous avons malheureusement été habitués depuis : « Gandrange comme voyage de noces, y a pas mieux ».
Plus intéressant pour les salariés en lutte pour sauver les 600 emplois menacés, il faisait, entouré d’ouvriers coiffés de leurs casques, plein de confiance dans la parole présidentielle, une déclaration qui lui colle depuis à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock : « L‘Etat est prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires » pour pérenniser l’aciérie. « Soit nous arrivons à convaincre Lakshmi Mittal, le patron d’ArcelorMittal, et nous investirons avec lui, soit nous trouvons un repreneur, et nous investirons avec lui ».
On sait ce qu’il advint de cette promesse de gascon. L’aciérie a fermé et l’Etat a été totalement inerte. Les ouvriers ont été reclassés dans le haut-fourneau d’ArcelorMittal voisin de Florange, celui-là même qui est à son tour menacé de fermeture.
Le 1er mars 2012, sans désormais avoir l’excuse de l’enthousiasme de la nouveauté nuptiale, mais conscient que ce dossier pouvait plomber sa campagne, Nicolas Sarkozy remettait le couvert en annonçant cette fois la sauvetage du haut-fourneau de Florange. Un mois après, le groupe Mittal n’a toujours pas pris le moindre engagement.
Le sparadrap demeure accroché sur le doigt du capitaine Sarkozy. Comment s’en débarrasser ?
Dans une interview au Républicain lorrain, à l’Est républicain et à Vosges-Matin, parue aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a brutalement accusé les syndicats de l’entreprise de manipulation politique : « Ne mélangeons pas les ouvriers, inquiets et pour qui j’ai obtenu 17 millions d’euros d’investissement, et les permanents de la CGT ou de la CFDT. (…) Si ces travaux n’avaient pas été engagés, c’était la certitude que les hauts fourneaux ne reprenaient pas. Quant aux permanents de la CFDT, ils trahissent la confiance des salariés. Ils sont venus m’insulter et essayer de casser mon siège de campagne. Ne confondons donc pas les salariés d’Arcelor-Mittal, que je ne laisserai pas tomber, et des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l’intérêt des salariés ».
Le candidat de l’UMP a choisi la contre-attaque, en pratiquant l’amalgame et en désignant un bouc-émissaire pour détourner l’objet initial de la polémique, à savoir ses promesses non tenues. Vieille technique utilisée cette fois avec une virulence qu’aucun président de la République ne s’était permis avant lui.
Le cynisme est aussi poussé à son extrême : les 200 salariés d’ArcelorMittal – et non pas une poignée de syndicalistes – qui avaient fait savoir qu’ils venaient à Paris pour rencontrer Nicolas Sarkozy, ont trouvé devant eux le 15 mars dernier, avant même d’atteindre le QG de campagne du candidat de l’UMP, un cordon de CRS et en guise de rencontre ont eu droit aux gaz lacrymogènes. Depuis 2008 et le début de leur combat pour sauver leurs emplois, toutes leurs actions et manifestations ont été pacifiques, ce que Nicolas Sarkozy sait parfaitement..
Mais peu importe cette torsion manifeste de la vérité. On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. Et la réélection du président sortant vaut bien pour lui quelques salariés humiliés. Sa compassion s’arrête là où commence ses intérêts électoraux.
Comme l’a très justement fait remarquer Aurélie Filippetti, députée PS de Moselle, Nicolas Sarkozy est aussi dur avec le désespoir ouvrier que l’étaient les maîtres des forges.
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Photo : © Razak


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